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CURLIM : la start-up limougeaude qui veut révolutionner le traitement des neuropathies

  • Incubateurs de la Recherche Publique
  • Publiée le

Rencontre avec CURLIM, startup accompagnée par AVRUL

 

À travers cette série d’articles, les Incubateurs de la Recherche Publique (IRP) mettent en lumière les startups qu’ils accompagnent et les innovations issues ou en lien avec la recherche publique.

Créés à l’initiative du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, les IRP ont pour objectif d’accompagner les entrepreneurs en leur offrant un cadre et des services personnalisés à forte valeur ajoutée à la création et au développement de startups innovantes.
Vous découvrirez ici des parcours de startups, mais aussi des focus sur les métiers de l’incubation, là où la recherche prend forme et se concrétise.

 

 

CURLIM : la start-up limougeaude qui veut révolutionner le traitement des neuropathies

AVRUL

 

Limoges. Installée au cœur de l’Ester Technopole, la start-up CURLIM attire depuis un an l’attention du monde médical et de l’écosystème deep-tech régional. Fondée en février 2024, cette jeune société de biotechnologie se donne pour mission de franchir un cap attendu depuis des décennies : proposer le premier traitement efficace contre la maladie de Charcot-Marie-Tooth de type 1A (CMT1A), une neuropathie génétique pour laquelle aucun médicament ne fournit aujourd’hui de solution thérapeutique.

 

Une technologie issue de la recherche académique à l’université de Limoges

 

CURLIM est née du croisement de plusieurs années de recherche à l’université de Limoges en nanomédecine et du savoir-faire de scientifiques spécialisés dans la formulation de médicaments, impliquant chimistes organiciens, médecins et pharmaciens. L’entreprise concentre ses efforts sur un candidat thérapeutique baptisé CLM001, un nano-médicament basé sur une combinaison innovante de curcumine, de nanocristaux de cellulose et de β-cyclodextrine. L’objectif : augmenter la biodisponibilité de la curcumine — une molécule reconnue pour ses propriétés anti-inflammatoires et neuroprotectrices, mais très peu absorbée par l’organisme — en la rendant beaucoup plus stable et efficace.

 

Les premiers résultats précliniques, menés sur des modèles animaux, ont suscité un réel enthousiasme. Selon les données communiquées par l’entreprise, CLM001 aurait permis une amélioration significative de la conduction nerveuse, une diminution des marqueurs de stress oxydatif et une meilleure coordination motrice, sans toxicité observée. Autant d’indicateurs qui laissent entrevoir un potentiel thérapeutique majeur.

 

L’espoir d’un tournant pour la CMT1A

 

La maladie de Charcot-Marie-Tooth 1A est l’une des neuropathies héréditaires les plus fréquentes. Dégénérative, elle provoque une atteinte progressive des nerfs périphériques et conduit souvent à des handicaps sévères : perte de mobilité, déséquilibre, douleurs neuropathiques. Aucun traitement pharmacologique n’existe aujourd’hui : les soins se limitent à la kinésithérapie, aux attelles, et à la gestion de la douleur. Dans ce contexte, l’arrivée d’un médicament comme CLM001 représenterait un changement historique. Car au-delà des résultats biologiques encourageants, CURLIM ambitionne d’apporter une solution concrète aux patients, grâce à une thérapie administrable et reproductible, pensée pour être industrialisée à grande échelle.

 

Une start-up encore jeune mais bien entourée et récompensée

 

Après une phase de maturation, CURLIM s’est rapproché du service incubateur de l’AVRUL[1], la filiale de transfert et d’incubation académique de l’université de Limoges. Un an plus tard, l’entreprise a structuré son équipe et réussi un premier tour de financement de 3,5 millions d’euros, mobilisant investisseurs régionaux, fonds d’amorçage et contributions privées.
Cette enveloppe doit financer les étapes déterminantes à venir : études toxicologiques réglementaires, optimisation de la formulation, dépôt des dossiers administratifs indispensables pour accéder aux essais cliniques chez l’homme.

 

Une seconde levée de fonds, d’un montant nettement plus ambitieux — environ 15 millions d’euros — est déjà prévue pour 2026. Si elle aboutit, CURLIM pourra lancer ses premières études cliniques en Europe et aux États-Unis dès 2027.

 

Une première reconnaissance nationale vient de couronner les efforts de l’entreprise : le prix concours i-Lab, organisé par BPIFrance pour le compte du Ministère de la Recherche (MESRE), qui récompense les start-ups les plus prometteuses à l’issue d’une sélection impitoyable.

 

Un défi scientifique… et industriel

 

Développer un médicament, et plus encore un nano-médicament, suppose de franchir une succession d’étapes techniques particulièrement exigeantes :

  • produire le médicament à l’échelle pilote puis industrielle,
  • stabiliser la formulation,
  • en satisfaisant aux réglementations européennes et américaines,
  • démontrer l’efficacité chez l’homme,
  • garantir l’absence de toxicité,
  • obtenir un statut réglementaire spécifique (maladie rare), qui peut accélérer la mise sur le marché.

CURLIM ne le cache pas : le chemin est long. Mais l’entreprise bénéficie d’un atout majeur : la convergence entre expertise scientifique, soutien des acteurs publics du territoire et dynamique deep-tech au sein de l’AVRUL.

 

Un projet structurant pour le Limousin

 

Au-delà de l’aspect scientifique, CURLIM illustre la capacité d’un territoire comme le Limousin à faire émerger des projets à forte valeur ajoutée, connectés aux enjeux internationaux de la santé. Le secteur biotech n’était pas historiquement l’un des points forts de la région, davantage connue pour ses industries traditionnelles. Mais l’essor des laboratoires universitaires, et l’engagement des collectivités ont permis de créer un écosystème propice à l’émergence de jeunes entreprises spécialisées. Pour Limoges, avoir sur son sol une société susceptible de développer un médicament de rupture représente un signal fort : celui d’un territoire capable de retenir les talents scientifiques, d’attirer des financements et de participer aux grandes avancées médicales.

 

Un traitement possible à l’horizon 2030–2032

 

Si les essais cliniques confirment les résultats précliniques, CURLIM pourrait espérer une commercialisation du CLM001 dans la décennie. Selon le calendrier prévisionnel, la mise à disposition d’un traitement pour la CMT1A pourrait intervenir autour de 2030–2032. Pour les familles concernées par cette maladie, ce délai — bien qu’encore lointain — suscite un immense espoir. La CMT1A touche plusieurs dizaines de milliers de personnes en Europe et prive souvent les patients d’une vie quotidienne autonome. Une thérapie efficace changerait profondément leur futur.

 

À SAVOIR

 

CURLIM – Informations clés

  • Création : 23 février 2024
  • Statut juridique : SAS
  • Localisation : Ester Technopole, Limoges
  • Domaine : biotechnologies, nanomédecine
  • Projet phare : CLM001, traitement innovant contre la CMT1A
  • Levée de fonds : 3,5 M€ en 2025 ; 15 M€ prévus en 2026
  • Perspectives : essais cliniques en humains à partir de 2027

Un pari audacieux, mais porteur d’espoir

 

À l’heure où les biotechnologies ouvrent des voies nouvelles pour traiter des maladies longtemps considérées comme incurables, CURLIM s’inscrit dans une dynamique qui dépasse largement les frontières du Limousin. La route sera encore longue, les obstacles multiples, mais l’ambition est claire : transformer une innovation de laboratoire universitaire de recherche en un vrai médicament capable de transformer la vie de personnes handicapées par la maladie.

[1] L’AVRUL est l’un un des Incubateurs de la Recherche Publique (IRP) en France, soutenue par l’Etat.

 

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